Téléphonie chiffrée, les entreprises sont-elles à l’écoute?

Protéger ses conversations est devenu une priorité et un argument commercial majeur, cependant on entend moins les entreprises sur ce chapitre. Pour quelles raisons ? Nous avons posé la question à Jean-François Tesseraud, nouveau Chief Information Security Officer (CISO) de Systemis.

Q : Jean-François Tesseraud, Systemis vient de conclure un partenariat avec PrivateWave – éditeur d’une solution européenne de téléphonie chiffrée. Quel est vôtre vision de marché « pro » de la téléphonie chiffrée ?

JFT : Le succès de Skype, FaceTime ou  Whatsapp, qui sont aussi largement déployées en téléphonie fixe dans les entreprises, le prouve : nous ne sommes pas sur un marché de niche mais un marché de masse.

Rappelons que la téléphonie chiffrée concerne toute la téléphonie sur IP, donc celle qui permet d’appeler une personne au travers d’une connexion. La voix sur IP utilise le réseau internet et elle véhicule des informations sensibles et confidentielles, aisément piratables et dont la source (l’utilisateur) est également facilement repérable et identifiable.

Si nous souhaitons garder une certaine logique, il est indispensable de la protéger, or contrairement aux données, la seule chose que nous pouvons protéger avec la voix c’est le canal de transmission, donc le réseau.

Q : Le grand public semble aujourd’hui s’en préoccuper, qu’en est-il du monde de l’entreprise ?

JFT : Pendant longtemps, on s’est préoccupé, en entreprise, de sécuriser les conversations des patrons, VIP, et autres personnes considérées comme « sensibles ». Ce qui a conduit à un déploiement élitiste de la téléphonie chiffrée. Cela reste encore vrai à l’heure actuelle. Ce n’est pas notre approche.

Q : Quelle approche préconisez-vous ?

JFT : Pour qu’une solution soit efficace, il faut qu’elle soit largement distribuée et qu’elle devienne l’outil de base pour appeler et non plus le produit high tech que l’on utilise uniquement quand on en a besoin. Cela signifie qu’elle doit être facilement déployable, avoir une très faible adhérence sur le terminal sur lequel elle fonctionne, qu’elle puisse être supportée par tout les terminaux actuels et à venir, qu’elle arrive à combler les lacunes propre à la qualité des réseaux IP radio, qu’elle soit d’une utilisation équivalente à celle de la téléphonie classique (accès au contact, call conf. à 3, même ergonomie), qu’elle ne consomme pas trop d’énergie et qu’elle permette de passer des appels vers des personnes non équipées (fonctionnalité chiffré/clair et clair/chiffrée).

En résumé, une solution de voix chiffrée ne peut être efficiente que si elle est facile à utiliser et déployée sur le maximum de terminaux. Son utilisation doit être simple  et impliquer des coûts réduits par utilisateur.